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Bourgogne · Côte de Nuits · Rouge

Clos de Tartterroir, sols & cépages

C'est l'exception bourguignonne : fondé en 1141 par les Bernardines de Tart, religieuses cisterciennes, le Clos de Tart n'a jamais été morcelé. En près de neuf siècles, il n'a connu que quelques lignées de propriétaires successifs, et reste aujourd'hui le plus grand monopole classé Grand Cru de Bourgogne — 7,53 hectares d'un seul tenant, ceints de 1,1 kilomètre de murs en pierres sèches, avec leur cellier, leur pressoir de 1570 et leurs rangs de vigne plantés à contre-pente pour retenir la terre.

Un carré de vigne au cœur du village

Le Clos de Tart occupe la partie sud du versant de Morey-Saint-Denis, entre le Clos des Lambrays au nord et les Bonnes-Mares de Chambolle-Musigny au sud. De forme presque carrée, il s'étend de 270 à 300 mètres d'altitude environ, sur une pente forte qui évolue de 15 à 20 %, exposé est-sud-est — la seule des quatre grands parcelles de Morey à ne pas être plein est.

Le clos englobe un ensemble bâti remarquable : trois bâtiments dont certaines fondations remonteraient au XIIᵉ siècle, avec un cellier sur deux niveaux dont la partie basse fut creusée dans la roche vers 1860 par Ferdinand Marey-Monge, et un pressoir à perroquet et corde continue de 1570, resté en service jusqu'en 1924. L'accès se fait directement depuis la Route des Grands Crus, au centre du village.

Le terroir : calcaire à entroques, marnes en amont, éboulis en surface

Le Clos de Tart et son voisin immédiat des Bonnes-Mares partagent des contextes physiographique et géologique quasi identiques — deux jumeaux séparés par une limite communale. La roche du secteur sud de Morey est le Calcaire à entroques du Bajocien, épais de 35 à 40 mètres, qui court sous toute la guirlande des grands crus de la Côte de Nuits. En amont, les Marnes à Ostrea acuminata — argile et calcaire à parts presque égales, semées d'huîtres fossiles — n'ont été identifiées sur la commune que dans les hauts du Clos de Tart et des Bonnes-Mares ; au-dessus, une petite faille forme un ressaut topographique où affleure une mince bande de Calcaires argileux du Bathonien.

En surface, un manteau d'éboulis couvre le soubassement calcaire, avec 40 à 120 cm de terre selon les endroits et des sols argilo-calcaires très caillouteux. C'est cette épaisseur de terre — sensiblement supérieure aux trente centimètres du Clos de la Roche — qui donne au clos-de-tart sa chair et sa densité tannique. Sylvain Pitiot et Claude Chapuis ont d'ailleurs cartographié les sous-climats internes du clos, plusieurs unités distinctes vinifiées séparément avant assemblage. Contexte inhabituel en Bourgogne : les rangs sont plantés non pas dans le sens de la pente mais nord-sud, pour limiter l'érosion sur un versant raide.

Climat et exposition

Le climat est tempéré à légère tendance continentale, avec des gelées de printemps toujours redoutées sur ce coteau. L'exposition est-sud-est, un peu plus tournée vers le sud que celle des autres clos de Morey, augmente l'ensoleillement de milieu de journée et favorise une maturité un peu plus complète du pinot noir.

Le clos se situe au sud de la combe de Morey, donc en dehors du couloir d'air frais qui descend des plateaux de l'ouest et qui rafraîchit directement Les Bouchots du Clos des Lambrays. Combinée à la pente forte, qui accélère le ressuyage, et à un sol plus profond qui retient mieux l'eau, cette position vaut au clos-de-tart des vins plus solaires et plus robustes que ses voisins du nord.

Le style des vins et la garde

Le clos-de-tart affiche une robe rubis sombre et un nez de fraise et de violette qui s'ouvre avec l'âge sur des registres plus complexes. La bouche est robuste et franchement tannique dans la jeunesse, avant de se faire complexe et charmeuse ; c'est le plus compact et le plus « bâti » des quatre clos de Morey, quand le Clos Saint-Denis joue la finesse et le Clos des Lambrays la suavité épicée.

L'élevage se fait traditionnellement en fûts de chêne, sur une durée longue ; la vendange est éraflée pour l'essentiel, avec une part variable de grappes entières selon la maturité des rafles. Comptez dix à quinze ans de garde, une vingtaine dans les grands millésimes. Le domaine décline aussi, certaines années, un second vin déclassé en Morey-Saint-Denis premier cru sous le nom de « La Forge de Tart » — clin d'œil au nom que portait le lieu avant 1141 — et, depuis 2018, un Morey-Saint-Denis village issu des jeunes plants. Environ 65 % de la production part à l'export.

Neuf siècles sans division

En 1141, les Hospitalières de Brochon vendent le lieu — alors appelé La Forge — à la jeune abbaye Notre-Dame de Tart, dont les moniales, rattachées à Cîteaux, sont établies à une trentaine de kilomètres de là, dans la plaine. Le lieu prend leur nom. Le clos aurait été intégralement emmuré en pierres sèches, sur un périmètre de 1,1 kilomètre, vraisemblablement au XVᵉ siècle. Confisqué comme bien national à la Révolution, il passe à la lignée Marey puis Marey-Monge, revient en 1919 à Edith Marey-Monge, et est acquis aux enchères en 1932 par la maison Mommessin du Mâconnais — sa seule propriété sur la Côte, conservée même après la vente de son négoce au groupe Boisset en 1997.

Le Clos de Tart devient Grand Cru en 1939. Le décret fixe alors 7,22 hectares ; une parcelle de 0,28 ha relevant du climat voisin des Bonnes-Mares, mais située à l'intérieur des murs, lui est rattachée en 1965, portant l'ensemble à 7,53 hectares. Contrairement au Clos de la Roche et au Clos Saint-Denis, homologués dès décembre 1936, le dossier d'un monopole devait être porté par son seul propriétaire — d'où le décalage de trois ans. Le cru retrouve son niveau à partir de 1996 sous la direction de Sylvain Pitiot, cartographe des vignobles de Bourgogne, resté en poste jusqu'en 2015 et remplacé par Jacques Devauges puis Alessandro Noli. Le 27 octobre 2017, la famille Pinault annonce le rachat du clos via son holding Artémis, qui possède déjà Château Latour à Pauillac, le Domaine d'Eugénie à Vosne-Romanée et le Château-Grillet ; l'opération est enregistrée en 2018. Le Clos de Tart devient ainsi le voisin direct du Clos des Lambrays, passé en 2014 dans le giron de LVMH.

Un cru au sommet des classements depuis deux siècles

Rares sont les climats bourguignons à avoir été aussi constamment bien jugés. Vers 1832, Denis Morelot range le Clos de Tart parmi ses « têtes de cuvée » de la Côte de Nuits, aux côtés du Chambertin, du Clos de Bèze, du Musigny, des Amoureuses, de la Romanée-Conti, de La Romanée, du Richebourg et de La Tâche. Jules Lavalle, en 1855, le désigne également « tête de cuvée » — seul des crus de Morey à atteindre ce rang, quand le Clos de la Roche et le Clos des Lambrays s'arrêtent à la « première cuvée » et le Clos Saint-Denis à la « deuxième ». Camille Rodier le confirme vers 1920-1930.

Ironie de l'histoire : c'est pourtant le nom du Clos Saint-Denis, moins bien coté, que la commune choisit en 1927 pour compléter le sien. « Morey-de-Tart » sonnait mal, et un monopole se prêtait mal à devenir le patronyme de tout un village. Le Clos de Tart reste donc ce qu'il a toujours été : une propriété unique, close de murs, portant le nom d'une abbaye — l'un des très rares crus bourguignons, avec le Clos de Vougeot, à avoir gardé en héritage le nom de la maison religieuse qui l'a créé.

Les cépages de Clos de Tart

Pinot noircépage unique — vinifié par parcelles, éraflage partiel selon la maturité des rafles

Crus & domaines emblématiques

Domaine du Clos de Tart (monopole, propriété du holding Artémis depuis 2017-2018)La Forge de Tart (second vin, Morey-Saint-Denis premier cru)Le cellier et son pressoir à perroquet de 1570Les sous-climats internes cartographiés par Sylvain Pitiot
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Sources : Wikipédia — Clos-de-tart (AOC grand cru) · Wikipédia — Morey-saint-denis (AOC) : histoire du village et de ses crus · Monocépage — Les Grands Crus de Morey-Saint-Denis (lieux-dits, surfaces, histoire) · Decanter — Clos de Tart vendu au propriétaire de Château Latour (27 octobre 2017)