Un rectangle de neuf hectares contre le mur du Clos
Le Grands-Echezeaux occupe le bas du versant de Flagey-Echézeaux, immédiatement à l'ouest du Clos de Vougeot, dont le mur le borde. Le grand cru Echezeaux le prolonge et le contourne sur ses autres côtés — Les Treux le jouxtent au nord, Les Poulaillères et le cœur du cru le dominent —, si bien que le Grands-Echezeaux se lit comme une enclave cohérente au milieu d'un ensemble beaucoup plus disparate. Sa superficie, 9,14 hectares au relevé de Monocépage, le place dans l'ordre de grandeur du Musigny (10,86 ha) ou du Chambertin hors Clos de Bèze (12,90 ha).
Comme le Clos de Vougeot qui le prolonge vers le bas, il présente une pente très faible, de l'ordre de 3 à 4 %, à une altitude d'environ 260 mètres — une déclivité inhabituelle pour un grand cru de la Côte de Nuits, où la plupart des climats de rang équivalent sont nettement plus inclinés. Il est en revanche exposé à l'est-sud-est, l'orientation la plus favorable du versant, ce qui compense largement la platitude du terrain.
Le terroir : l'homogénéité comme signature
C'est le point qui sépare vraiment les deux appellations. Echezeaux agrège onze lieux-dits qui se distinguent fortement les uns des autres par leurs altitudes et leurs orientations : le résultat est un grand cru à géométrie variable, dont la qualité dépend autant de la parcelle d'origine que du vigneron. Le Grands-Echezeaux, lui, est un climat unique, d'un seul tenant, de pente et d'exposition constantes. Toutes les vignes y sont logées dans la même situation topographique.
Ce bas de versant, au débouché de la combe d'Orveaux, est aussi un secteur de sols plus profonds et plus argileux que les hauts de coteau, ce qui donne au vin sa densité et sa charpente plutôt que sa vivacité. L'homogénéité du climat ne signifie donc pas la légèreté : le grands-echezeaux est le plus structuré des vins de Flagey, et le plus lent à s'ouvrir.
Climat et exposition
Le climat est tempéré à légère tendance continentale, comme sur toute la Côte de Nuits : hivers francs, printemps humides et gélifs, étés chauds souvent orageux. Le pinot noir y mûrit en première époque, avec un fort potentiel d'accumulation des sucres pour une acidité moyenne, parfois juste à pleine maturité.
L'exposition est-sud-est du climat lui assure un ensoleillement matinal régulier, et sa faible pente est compensée par des sols qui ressuient correctement. Le calendrier des vendanges s'est déplacé comme partout : en 2003, certains domaines de la Côte ont récolté à la mi-août, un mois avant l'usage, une précocité dont les archives n'avaient pas gardé trace depuis 1422 et 1865.
Le style des vins et la garde
Le grands-echezeaux est un vin ferme, parfois dur dans sa jeunesse, moins ouvertement généreux que l'echezeaux — Clive Coates le note explicitement, en ajoutant qu'il lui faut du temps, et que les meilleures cuvées valent les meilleurs clos-vougeot. Pour Allen Meadows, un beau grands-echezeaux ressemble à un richebourg privé de ses épices asiatiques : presque autant de puissance et de muscle, la profondeur, la longueur et l'endurance, mais pas toujours l'ampleur aromatique.
Sa garde suit cette structure : cinq à quinze ans couvrent l'essentiel de sa vie, une vingtaine d'années dans les grands millésimes. La vendange y est manuelle et triée, généralement éraflée, l'élevage se prolonge classiquement douze à vingt-quatre mois. Jasper Morris nuance la hiérarchie avec la franchise qui convient : il lui est arrivé, chez un même domaine et dans un même millésime, de préférer l'echezeaux au grands-echezeaux. Le contraste entre les deux crus est donc statistique, pas mécanique.
De « Echezeaux Bas » à quatorze propriétaires
Avant la Révolution, quand le climat appartenait à l'abbaye de Cîteaux, il portait le nom d'« Echezeaux Bas » — la topographie disait déjà l'essentiel. Le secteur des Echezeaux avait été rassemblé par les moines au fil des donations et des échanges, sur le modèle du Clos de Vougeot, et figure sur le Grand Atlas des propriétés de Cîteaux (1718-1730). L'AOC est créée en 1937, en même temps que celle d'Echezeaux.
Le morcellement y est réel mais sans commune mesure avec celui de son voisin. Au relevé publié par la revue Bourgogne Aujourd'hui en octobre-novembre 2017 et repris par Monocépage, quatorze propriétaires se partageaient le climat, largement dominé par le Domaine de la Romanée-Conti avec 3,53 hectares au centre du climat, devant Mongeard-Mugneret (1,44 ha), le Domaine d'Eugénie (0,50 ha), Joseph Drouhin (0,47 ha), Henri de Villamont (0,43 ha), Gros Frère et Sœur (0,37 ha) et Desaunay-Bissey (0,34 ha), puis une série de parcelles inférieures au tiers d'hectare. Une quinzaine de propriétaires pour neuf hectares, contre environ quatre-vingts pour les trente-six hectares d'Echezeaux : voilà, en une comparaison, la raison de sa régularité. Ces parcelles changeant de mains, cette répartition ne vaut que pour sa date.