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Bourgogne · Côte de Nuits · Rouge

Romanée-Contiterroir, sols & cépages

Moins de deux hectares au milieu du coteau de Vosne-Romanée, un muret, une croix de pierre : la Romanée-Conti est un très petit morceau de terre devenu un nom commun de la culture du vin. Le climat doit son nom au prince de Conti, qui l'acheta en 1760 ; il est depuis 1869 dans la descendance de Jacques-Marie Duvault-Blochet, et exploité en monopole par le Domaine de la Romanée-Conti. Sa vigne franche de pied, dernière survivante du phylloxéra, n'a été arrachée qu'en 1945.

Un mouchoir de terre au milieu du coteau

La Romanée-Conti occupe le cœur du versant de Vosne-Romanée, entre le Richebourg au nord, La Romanée qui la domine à l'ouest, La Grande Rue au sud et la Romanée-Saint-Vivant en contrebas. Quelques marches suffisent à y accéder depuis la route ; la parcelle tient en un rectangle de moins de deux hectares, matérialisé par un muret bas et une croix de pierre devenue le motif le plus photographié du vignoble bourguignon.

Le climat est orienté à l'est, légèrement incliné vers le sud, entre 260 et 270 mètres d'altitude, sur une pente d'environ 7 % — une déclivité modérée, ni le haut de coteau maigre ni le bas de pente lourd. Cette position médiane, exactement au bon endroit du versant, est la première explication rationnelle d'une réputation qui, elle, n'a rien de rationnel.

Le terroir : marnes à Ostrea acuminata et calcaire argileux

Le climat repose sur deux formations seulement, ce qui est peu et contribue à son homogénéité : les marnes à Ostrea acuminata dans sa partie basse, le calcaire argileux dans sa partie haute — la même séquence que l'on retrouve sur les autres grands crus de Vosne, à l'exception de la Romanée-Saint-Vivant. Ces marnes du Bajocien supérieur, riches en petites huîtres fossiles, retiennent l'eau et nourrissent la vigne ; le calcaire argileux qui les surmonte draine et contraint.

Les sols eux-mêmes sont décrits comme des sols bruns calcaires, fortement argileux, sur une soixantaine de centimètres d'épaisseur — assez profonds pour tenir la sécheresse, assez caillouteux pour ne jamais engorger. Rien d'exceptionnel dans l'absolu : ce qui l'est, c'est la combinaison de cette pédologie, de l'exposition et de la position précise sur le coteau, sur une surface assez petite pour être parfaitement uniforme.

Climat et exposition

Le climat général est celui de la Côte de Nuits : tempéré à légère tendance continentale, avec des hivers francs, des printemps humides et gélifs, des étés chauds coupés d'orages. L'exposition au levant, très légèrement tournée au sud, donne au climat un ensoleillement matinal complet et une maturation régulière du pinot noir.

Sur une parcelle de cette taille, chaque accident météorologique se lit directement dans les volumes. La production varie fortement d'une année à l'autre sans qu'il soit question de catastrophe : 5 548 bouteilles en 2002, contre 3 575 en 2003. La conduite du vignoble accentue cette variabilité : le domaine est passé officiellement en agriculture biologique en 1985 et a généralisé la biodynamie en 2007, après des essais menés depuis 2002, avec les pertes de récolte que cela implique — pertes assumées.

Le style des vins et la garde

La robe est rubis sombre, carminée avec l'âge. Le nez, ample et diversifié, mêle les petits fruits rouges et noirs, la violette, les épices et le sous-bois. La bouche est décrite comme puissante et délicate à la fois, franche, complète, d'une grande longueur. Le vin se sert entre 15 et 17 °C et se garde entre vingt et quarante ans ; il accompagne classiquement le gibier à poil et à plume, les volailles sauvages, le veau rôti.

Il faut ajouter une évidence que Jean-François Bazin formulait sans détour : « Les deux tiers des vignerons de Vosne n'ont sans doute jamais bu dans leur vie la plus petite goutte de Romanée-Conti. » Avec environ 5 500 bouteilles par an pour le monde entier, ce vin est d'abord une rareté statistique. Le domaine ne le vend d'ailleurs pas seul : historiquement commercialisé en caisses panachées de douze bouteilles, il l'est depuis 2003 par caisses de treize, soit une bouteille de romanée-conti pour douze autres grands crus de la maison.

Du clos des moines au prince de Conti

Le lieu appartient longtemps à l'abbaye bénédictine de Saint-Vincent de Vergy : un document de 1512 mentionne un vignoble dit « Aux Échanges », qui aurait alors réuni les climats actuels de la Romanée-Conti et de La Romanée. À la fin du XVIᵉ siècle, le Cloux des Cinq Journaux — huit ouvrées, soit trente-quatre ares, noyau de la future Romanée-Conti — est cédé par bail emphytéotique à Claude Cousin, sergent-général de Dijon. Il passe en 1621 à Jacques Venot, futur maire de Dijon, puis en 1631 à la famille de Croonenbourg, qui le tiendra quatre générations. Le nom « En la Romanée » apparaît dans les comptes dès 1651.

Le 18 juillet 1760, un descendant des Croonenbourg vend La Romanée à Louis-François de Bourbon, prince de Conti, seigneur de Nuits et d'Argilly, homme cultivé, collectionneur et fin gourmet. La transaction est retentissante — 9 240 livres, quand le Clos de Bèze s'était vendu 2 310 livres en 1750 — et l'acquéreur réserve le vin à sa table. La même année, une bande de Richebourg longeant le climat au nord lui est adjointe ; en 1763, les Conti font reconstruire la Goillotte, ancienne maison de chasse des ducs de Bourgogne, pour y installer pressoirs, cuves et caves. Le nom composé « Romanée-Conti » s'imposera paradoxalement après la Révolution : il figure pour la première fois sur l'état des recettes et dépenses des années 1789 à 1793 destiné au directoire du district de Dijon.

Le phylloxéra, 1945, et la replantation

Vendue comme bien national en décembre 1794 à Nicolas Defer, passée en 1819 aux Ouvrard — les mêmes que ceux du Clos de Vougeot —, la Romanée-Conti est acquise le 25 novembre 1869 par Jacques-Marie Duvault-Blochet, négociant de Santenay alors âgé de quatre-vingts ans et ancêtre de la famille de Villaine. Elle se transmet ensuite par successions et échanges au sein de sa descendance ; en 1942, Jacques Chambon cède sa moitié à Henri Leroy, négociant à Auxey-Duresses. Depuis, le monopole appartient à deux lignées, de Villaine et Leroy, dont les représentants assurent alternativement la cogérance du domaine.

Le fait le plus singulier de cette histoire est ailleurs. Alors que toute l'Europe viticole s'était reconstituée sur porte-greffes américains après le phylloxéra, les de Villaine s'y étaient opposés pour la Romanée-Conti et avaient maintenu la vigne franche de pied, plantée « en foule », au prix de coûteux traitements au sulfure de carbone : l'étiquette de 1942 porte encore fièrement la mention « vigne originelle française non reconstituée ». En mauvais état, cette vigne est finalement arrachée en 1945. La parcelle reste deux ans en jachère avant d'être replantée en 1947-1948 avec des greffons prélevés dans La Tâche. Conséquence directe : aucun vin de Romanée-Conti n'a été produit de 1946 à 1951.

Les cépages de Romanée-Conti

Pinot noircépage unique — la vigne actuelle est issue de greffons prélevés dans La Tâche lors de la replantation de 1947-1948

Crus & domaines emblématiques

Domaine de la Romanée-Conti (monopole)Richebourg (grand cru voisin au nord)La Romanée (grand cru voisin, au-dessus)La Grande Rue (grand cru voisin au sud)Romanée-Saint-Vivant (grand cru voisin, en contrebas)La Tâche (autre monopole du domaine, sur la même commune)
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Sources : Wikipédia FR — Romanée-conti (AOC grand cru) : superficie et production BIVB, cahier des charges INAO, replantation 1945-1948, bio et biodynamie, style et garde · Monocépage — Vosne-Romanée : les Grands Crus : physiographie et géologie du climat, histoire de la propriété d'après Jean-François Bazin, classements Lavalle 1855 et Rodier 1920 · Wikipédia FR — Clos-vougeot (AOC grand cru) : contexte de la Côte de Nuits, familles Ouvrard et chronologie du phylloxéra