Le grand cru le plus bas sur la pente
La Romanée-Saint-Vivant s'étend en contrebas de la Romanée-Conti, entre le village de Vosne-Romanée qu'elle touche presque et la route qui la sépare du premier cru Les Suchots au nord. C'est la dernière marche du coteau des grands crus : au-delà commencent les premiers crus de bas de pente, puis les vosne-romanée villages. Cette position basse est la clé de sa personnalité, et la raison pour laquelle il a longtemps été considéré comme le moins prestigieux des grands crus de la commune.
C'est aussi le plus étendu : 9,40 hectares en production au relevé BIVB de 2022, contre 1,81 pour la Romanée-Conti et 5,94 pour La Tâche. Il n'a jamais été un monopole, malgré une longue période où une seule famille en tenait l'essentiel, et il se partage aujourd'hui entre une poignée de domaines dont un seul, le Domaine de la Romanée-Conti, en détient plus de la moitié.
Le terroir : des sols plus profonds, plus argileux
Le BIVB décrit pour la Romanée-Saint-Vivant des sols voisins de ceux de la Romanée-Conti — bruns calcaires, fortement argileux — mais plus profonds : environ 90 centimètres, contre 60 chez sa voisine. La proportion d'argile y approche la moitié du sol. Le soubassement reste le calcaire dur de Premeaux, d'origine jurassique, de l'ordre de 175 millions d'années, mais il est ici plus loin sous les pieds de la vigne.
Ce détail change tout. Sur les grands crus de mi-coteau, la roche affleure presque et la vigne travaille dans un sol maigre et drainant ; ici, elle dispose d'une réserve d'eau et d'un volume de terre plus généreux. Le climat fait d'ailleurs exception dans la lecture géologique du versant de Vosne : là où la Romanée-Conti, Richebourg, La Tâche et La Grande Rue reposent tous sur la même succession de marnes à Ostrea acuminata et de calcaires, la Romanée-Saint-Vivant, plus bas, ne suit pas cette séquence. Le résultat est un vin moins immédiatement puissant, plus long à se mettre en place, mais d'une finesse de trame reconnaissable.
Climat et exposition
Comme tout le vignoble de Vosne-Romanée, le climat est orienté au levant, parfois légèrement est-sud-est, sur un versant dont les vignes s'étagent entre 250 et 310 mètres d'altitude. La Romanée-Saint-Vivant en occupe la partie basse, où la pente s'adoucit nettement. Le régime général est celui de la Côte de Nuits : tempéré à tendance semi-continentale, hivers froids, printemps humides et gélifs, étés chauds coupés d'orages.
Le bas de coteau paie le prix de sa position : l'air froid y descend et s'y accumule, ce qui l'expose davantage aux gelées de printemps, et les sols argileux se ressuient plus lentement après les pluies. À l'inverse, dans les millésimes secs et chauds — de plus en plus fréquents —, cette réserve hydrique devient un atout et la maturité s'y fait sans excès de sucre. Le réchauffement a d'ailleurs largement contribué à la réévaluation du cru depuis les années 1990.
Le style : la dentelle plutôt que la puissance
La robe est rouge profond tirant sur le pourpre, limpide et intense. Le nez est le plus floral du coteau : rose, cerise, encens, une pointe mentholée et un fond d'épices douces. En bouche, la matière est soyeuse plutôt que massive, la trame tannique fine, la longueur salivante. Là où Richebourg impose et où La Tâche déploie, la Romanée-Saint-Vivant suggère — c'est ce que les dégustateurs appellent, faute de mieux, sa féminité.
C'est un vin lent. Il ne se livre guère avant cinq à dix ans, se déploie entre vingt et trente ans et peut tenir un demi-siècle dans les millésimes d'exception. Ouvert trop tôt, il paraît austère et l'on conclut à tort à un grand cru mineur ; c'est le malentendu qui a longtemps pesé sur sa réputation. Servi entre 15 et 16 °C, il accompagne le gibier à plume, les volailles sauvages, le veau rôti — des viandes moins puissantes que celles qu'appellent ses voisins de mi-coteau.
Le prieuré de Saint-Vivant de Vergy
L'abbaye de Saint-Vivant fut fondée dans les Hautes Côtes, près du château de Vergy, à une dizaine de kilomètres de Vosne, autour d'un reliquaire de saint poitevin apporté par une communauté fuyant les Normands ; elle est formellement soumise à Cluny en 1087 et devient l'un des grands prieurés clunisiens du nord de la Bourgogne. Le 13 novembre 1131, le duc de Bourgogne Hugues II lui cède ce qu'il possédait « dans toute la terre inculte de Flagey et Vosne, en bois et en champs ». Les moines défrichent et plantent.
Entre 1232 et 1246, Alix de Vergy, épouse du duc Eudes III, complète ces biens par cinq donations qui incluent le Cloux des Neuf Journaux (3,06 ha), le Cloux du Moytan (1,70 ha) et le Cloux des Quatre Journaux (1,36 ha) — un peu plus de six hectares du grand cru actuel — ainsi que le Cloux des Cinq Journaux, noyau de la future Romanée-Conti. Le prieuré exploitera ces vignes pendant près de six siècles, jusqu'à la Révolution. Ses ruines ont été rachetées en 1996 par un groupement foncier constitué autour des cogérants du Domaine de la Romanée-Conti, et une association de sauvegarde s'est créée en 1999.
Un nom emprunté, et deux siècles de partage
Le nom n'est pas d'origine. Marie-Hélène Landrieu-Lussigny a montré que « La Romanée de Saint-Vivant » apparaît pour la première fois en 1765, dans un bail signé par l'abbaye de Saint-Vincent : les moines de Saint-Vivant, voyant le prestige acquis depuis 1651 par le lieu-dit voisin « En la Romanée » — que le prince de Conti venait d'acheter en 1760 —, avaient étendu la dénomination à leur propre vigne. Le climat porte donc, littéralement, le nom du succès de son voisin accolé à celui de son propriétaire.
Confisquée à la Révolution, la propriété du prieuré est vendue en 1791 à Nicolas-Joseph Marey, gendre du géomètre Gaspard Monge ; les Marey-Monge tiendront l'essentiel du climat pendant près de soixante-dix ans avant les premières cessions. En 1898, le Clos des Quatre Journaux passe à Louis Latour ; d'autres parcelles suivent. En 1966, Geneviève Marey-Monge confie les 5,28 hectares restants au Domaine de la Romanée-Conti en fermage, avec une option d'achat en cas de vente ; les héritiers Neyrand la lui cèdent définitivement en 1988. Au relevé publié par Winehog en 2017, les sections issues du Clos des Quatre Journaux et de l'ancien domaine Thomas-Moillard se répartissaient entre Louis Latour (0,80 ha), la famille Poisot (0,50 ha), Robert Arnoux (0,35 ha), le Domaine de l'Arlot (0,25 ha), Sylvain Cathiard (0,17 ha) et Dujac (0,17 ha) — une répartition à lire à sa date, les parcelles changeant de mains.