Deux communes, un seul nom sur la route des Grands Crus
L'appellation vosne-romanée est produite sur deux communes de la Côte-d'Or : Vosne-Romanée et sa voisine Flagey-Echézeaux, dont les vins prennent le nom de la première. Le vignoble occupe un tronçon de la Côte de Nuits sur la route des Grands Crus, entre Vougeot au nord et Nuits-Saint-Georges au sud. Sa superficie atteint 150,48 hectares, dont 54,85 en premier cru, pour une production de 5 868 hectolitres.
Le lieu est ancien : il se nommait déjà Vaona en 639. Dès le XIe siècle, les moines de Saint-Vivant de Vergy, rattachés à Cluny, et les cisterciens de Cîteaux entreprennent de mettre en valeur ces terroirs. La Romanée-Conti serait née de la main des moines de Cîteaux en 1232 ; le Romanée-Saint-Vivant garde, lui, le souvenir du monastère des Hautes-Côtes. Le village a pris son nom composé en 1866, imitant Gevrey-Chambertin, en accolant à Vosne celui de son cru le plus fameux.
Le terroir : la pierre de Prémeaux sous les plus grands crus
Le coteau appartient à la cuesta qui borde à l'ouest la plaine de la Saône, structurée par un réseau de failles orientées sud-sud-ouest / nord-nord-est. On y lit, du haut vers le bas, les calcaires oolithiques blancs du Bathonien moyen — la pierre de Comblanchien, qui coiffe le sommet de la Côte —, puis les calcaires du Bathonien inférieur dits « pierre de Prémeaux », qui portent précisément la Romanée-Conti, le Richebourg et La Tâche, puis les marnes du Bajocien supérieur à Ostrea acuminata et les calcaires à entroques.
En surface, les sols sont calcaires mêlés de marnes argileuses, et leur profondeur varie considérablement : d'une dizaine de centimètres sur les hauts de coteau à un mètre en bas de pente. Ils se composent d'éboulis descendus du sommet de la côte, de limons rouges déposés aux époques glaciaires, de l'altération des couches sous-jacentes et de terre remontée par les vignerons au fil des siècles. L'ensemble est exposé au levant. Ces quelques centimètres de sol en plus ou en moins, sur des roches-mères différentes, suffisent à distinguer un grand cru d'un premier cru et un premier cru d'un village — c'est le principe même du découpage en climats.
Climat et cycle de la vigne
Le climat est tempéré à légère tendance continentale : pluies réparties sur l'année, hivers marqués, étés chauds. Le pinot noir y mûrit en première époque et profite pleinement du cycle végétatif. Cépage délicat, il est sensible au mildiou, au rougeot parasitaire, à la pourriture grise et aux cicadelles, et exige des ébourgeonnages soignés car il produit beaucoup de grapillons.
Le travail suit un calendrier immuable : taille en guyot simple avec une baguette de cinq à huit yeux et un courson d'un à trois yeux, tirage et broyage des sarments, pliage des baguettes, ébourgeonnage dès la reprise de végétation, deux à trois relevages, rognages et traitements. La vendange en vert se généralise pour maîtriser les rendements et concentrer les raisins restants. Là encore, le millésime dicte sa loi : en 1422 comme en 1865, les archives signalent des vendanges d'août, et la canicule de 2003 a fait commencer certains domaines à la mi-août, un mois avant le rythme habituel.
Le style des vins et la garde
Le vosne-romanée se présente sous une robe rubis pure. Le nez conjugue les fruits rouges et noirs — fraise, framboise, myrtille, cassis — et une note de cuir qui s'affirme avec l'âge. La bouche est tannique, puissante et veloutée à la fois : cette combinaison de densité et de soyeux, plus que tout autre trait, signe l'appellation. Le pinot noir y accumule facilement les sucres pour une acidité moyenne, ce qui donne des vins riches, colorés et bâtis pour durer.
L'appellation communale se garde entre cinq et quinze ans et se sert entre 14 et 16 °C ; les premiers crus des beaux millésimes vont bien au-delà. À table, elle appelle les viandes rouges, le gibier à plumes, la volaille rôtie et les fromages affirmés. Le prestige se paie : en 2015, l'ouvrée de vosne-romanée premier cru était estimée à 80 000 euros et le reste de l'appellation communale à 40 000 euros, le niveau le plus élevé de toutes les appellations communales de la Côte de Nuits.
Huit grands crus, quatre monopoles
Les grands crus sont des appellations autonomes, distinctes du village. Sur la seule commune de Vosne-Romanée, six d'entre eux se partagent 27,11 hectares pour environ 900 hectolitres par an : la Romanée-Conti (1,63 ha), La Romanée (0,84 ha), La Tâche (6,06 ha), La Grande Rue (1,65 ha), Richebourg (8,03 ha) et Romanée-Saint-Vivant (8,71 ha). Deux autres relèvent de Flagey-Echézeaux : Grands-Échezeaux (9,14 ha) et Échezeaux (37,69 ha). Fait rare en Bourgogne, quatre de ces grands crus sont des monopoles — la Romanée-Conti, La Romanée, La Tâche et La Grande Rue — tandis que Richebourg et Romanée-Saint-Vivant sont, comme la plupart des grands crus bourguignons, divisés entre plusieurs propriétaires.
L'histoire de la Romanée-Conti résume celle de la commune. Reprise au XVe siècle par les moines de Saint-Vivant, elle doit son nom au prince Louis François de Bourbon-Conti, qui l'achète en 1760, avant d'être déclarée bien national à la Révolution. En 1869, le négociant Jacques-Marie Duvault-Blochet, ancêtre d'Aubert de Villaine, la reprend. Au début des années 1940, c'était le dernier vignoble de Bourgogne à posséder encore des vignes franches de pied, antérieures au phylloxéra ; épuisées, elles ont été arrachées et le cru entièrement replanté en 1945, d'où l'absence de récolte de 1946 à 1951. L'appellation communale, elle, a été reconnue en 1936. Parmi les quinze premiers crus, Les Suchots, Aux Malconsorts, Les Beaux-Monts, Aux Brûlées, Les Petits Monts, Aux Reignots ou le Clos des Réas comptent parmi les plus recherchés.