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Bourgogne · Côte de Nuits · Rouge

Chambertinterroir, sols & cépages

Treize hectares de vigne au milieu du coteau de Gevrey-Chambertin, et l'un des noms les plus lourds de la Bourgogne. Le Chambertin est l'archétype du grand rouge de garde bourguignon — le cahier des charges de l'INAO l'écrit noir sur blanc. Sa singularité réglementaire est peu connue : son aire délimitée recouvre deux lieux-dits, « Chambertin » et « Clos de Bèze », si bien que le second peut être vendu sous le nom du premier, jamais l'inverse. Et sa légende napoléonienne mérite d'être lue de près.

Où se trouve le Chambertin

L'aire du Chambertin tient tout entière sur la commune de Gevrey-Chambertin, au sud de Dijon, en Côte-d'Or. Le climat occupe le milieu du coteau, à l'ouest de la route des Grands Crus, entre 240 et 280 mètres d'altitude environ selon le BIVB, en exposition levant. Il s'inscrit à peu près au centre du chapelet des neuf grands crus de la commune : le Chambertin-Clos de Bèze le borde au nord, Latricières-Chambertin au sud, et de l'autre côté de la route Griotte-Chambertin et Charmes-Chambertin lui font face à l'est.

L'ensemble des neuf grands crus forme une bande continue d'environ deux kilomètres de long sur cinq cents mètres de large, juste au sud du bourg. C'est la partie la plus septentrionale des grands crus de la Côte : au-delà de Gevrey vers le nord, la hiérarchie s'arrête aux premiers crus. Le Chambertin et le Clos de Bèze occupent, dans cette bande, la position la mieux placée sur la pente — ni trop haut sur les éboulis maigres, ni trop bas sur les épandages profonds.

Le terroir : calcaires durs et marnes du Bajocien

Le cahier des charges décrit une géologie d'une grande sobriété. La Côte de Nuits est ici un relief rectiligne d'origine tectonique, orienté nord-sud sur environ vingt-cinq kilomètres, qui sépare les plateaux calcaires des Hautes Côtes à l'ouest (400 à 500 m) de la plaine de Bresse à l'est (environ 250 m). Les parcelles du Chambertin sont situées en piémont du relief, où elles occupent un léger replat. La partie basse, peu pentue, repose sur un substrat de calcaires durs — jadis exploités en pierre de taille — surmontés d'un niveau de marne, c'est-à-dire de calcaire argileux, repérable dans le paysage parce qu'il dessine une légère concavité sous le versant principal. L'ensemble est daté du Bajocien, Jurassique moyen. Détail décisif : les parcelles de vigne ne dépassent pas le sommet de ces marnes.

Ce substrat marno-calcaire est masqué par une couche peu épaisse — quelques décimètres à un mètre — d'épandages mêlant des éboulis à des argiles et limons rouges issus de l'altération du sous-sol et des reliefs sus-jacents. Les sols sont peu évolués, généralement carbonatés, peu épais, mais bien drainants malgré une forte teneur en argile. Le niveau marneux est probablement à l'origine d'arrivées d'eau temporaires qui compensent les faibles réserves hydriques du sol, tandis que la pente évacue les excès. Cette combinaison — peu de terre, de l'eau juste quand il en faut, un drainage parfait — est ce que le cahier des charges appelle « l'épaisseur adéquate des sols » et leur « granulométrie particulière ».

Climat, exposition et conduite de la vigne

Le climat est océanique frais, atténué par des influences continentales et méridionales remontées par l'axe Rhône-Saône : une pluviométrie modérée et régulière, de l'ordre de 750 millimètres par an, sans sécheresse estivale marquée, et une moyenne annuelle de 10,5 °C. À l'est du Morvan et des plateaux bourguignons, la Côte bénéficie d'un abri climatique qui lui vaut un avantage thermique et un déficit de pluies notable pour la région. La position topographique des parcelles les met à l'abri du gel et des brouillards matinaux, tandis que l'exposition au soleil levant réchauffe rapidement le sol au sortir de la nuit.

La conduite est celle, exigeante, de toute la Côte de Nuits : densité minimale de 9 000 pieds à l'hectare, écartement des rangs d'au plus 1,25 mètre, taille limitée à huit yeux francs par pied, charge maximale de 8 000 kilos à l'hectare. L'irrigation est interdite, les pressoirs continus aussi, de même que l'usage de morceaux de bois. Les raisins doivent atteindre une richesse en sucre d'au moins 198 grammes par litre de moût, pour un titre alcoométrique naturel minimum de 11,5 %. Les vins sont élevés au moins jusqu'au 15 juin de l'année suivant la récolte et ne peuvent être mis en marché qu'à partir du 30 juin.

Le style des vins et la garde

Le Chambertin se présente dans un rouge intense et profond, aux reflets violets dans sa jeunesse. Le nez mêle les fruits rouges — framboise, groseille — et les fruits noirs, le cassis en tête, avec des notes florales de rose et de violette, du sous-bois, de la réglisse et des épices. En bouche, la concentration donne une sensation de puissance, d'équilibre et d'harmonie ; l'attaque est vive, les arômes s'ouvrent largement et la finale mêle onctuosité et élégance. C'est le versant le plus charpenté du pinot noir bourguignon, dans le prolongement du style de Gevrey.

La garde est la signature du cru : dix à vingt ans couramment, davantage dans les grands millésimes, le cahier des charges parlant sobrement d'une « longévité considérable ». Le vin se sert autour de 13 à 16 °C et appelle des mets à sa mesure : gibier grillé ou en sauce au vin, agneau en sauce, coq au vin, côte de bœuf, fromages à croûte lavée. Une réserve d'honnêteté s'impose toutefois : avec plus d'une vingtaine de propriétaires sur treize hectares, la qualité varie sensiblement d'un domaine à l'autre, et toutes les bouteilles étiquetées Chambertin ne tiennent pas la promesse du nom.

Chambertin et Clos de Bèze : la règle qui n’existe nulle part ailleurs

C'est le point le plus mal compris de l'appellation. Le cahier des charges du Chambertin précise que « les parcelles délimitées pour la récolte du raisin, reprenant en cela un usage traditionnel, correspondent aux deux lieux-dits “Chambertin” et “Clos de Bèze” ». Autrement dit, l'aire de l'AOC Chambertin englobe le climat voisin. Un jugement de 1932 avait autorisé les producteurs exploitant les parcelles du Clos de Bèze à commercialiser leurs vins sous le nom « Chambertin-Clos de Bèze » ou sous le nom « Chambertin » ; l'année précédente, un premier jugement avait au contraire limité l'usage du nom « Chambertin » au seul lieu-dit de ce nom. La circulation ne va donc que dans un sens : un vin du Clos de Bèze peut être vendu en Chambertin, un vin du Chambertin ne peut jamais être vendu en Chambertin-Clos de Bèze.

En pratique, cette faculté est peu utilisée : le Clos de Bèze jouit d'une réputation propre au moins égale, et rien n'incite ses propriétaires à renoncer à son nom. Aucun des sept autres grands crus de la commune ne dispose de ce droit — seule autre exception de Gevrey, le couple Charmes-Chambertin / Mazoyères-Chambertin, qui fonctionne selon un mécanisme comparable. Ce voisinage explique aussi la variabilité des chiffres de surface publiés pour le Chambertin selon les sources et les années : le BIVB relève 13,14 hectares en production en 2022, le cahier des charges « une superficie légèrement supérieure à 13 hectares » en 2009, pour une production annuelle moyenne d'environ 450 hectolitres.

Le champ de Bertin, Jefferson et la légende napoléonienne

Le nom viendrait d'un paysan nommé Bertin, qui aurait planté de la vigne sur son champ voisin du Clos de Bèze en se disant qu'il y ferait un aussi bon vin que les moines : le « champ de Bertin ». L'étymologie relève de la tradition plus que de l'archive. Le fait établi, lui, est foncier : du Moyen Âge au XVIIIᵉ siècle, le Chambertin et le Clos de Bèze forment une seule entité, propriété du Chapitre de Langres. À partir de 1730, un négociant nommé Jobert, fraîchement installé à Gevrey, en acquiert progressivement l'exploitation, en devient seul propriétaire et finit par accoler à son nom celui de son cru préféré : Jobert de Chambertin. Son action fut décisive pour la renommée du cru ; le domaine sera confisqué à la Révolution, vendu aux enchères et morcelé.

La postérité du nom est littéraire et politique. En 1787, lors d'un voyage en Bourgogne, Thomas Jefferson place le Chambertin parmi ses vins préférés et en fait venir, en 1803, douze cents bouteilles pour la cave de la Maison-Blanche. Quant à Napoléon, la prudence s'impose : le cahier des charges se borne à rappeler que Las Cases, son hagiographe à Sainte-Hélène, « évoque l'habitude de ce dernier de boire du Chambertin au cours de ses repas ». Les récits les plus fleuris — le vin qui traverse deux fois le désert d'Égypte, l'empereur qui ne boirait rien d'autre — proviennent de mémorialistes et d'ouvrages de vulgarisation, pas de sources de première main ; ils disent surtout la force d'une légende. Restent deux jalons plus solides : en 1816, Jullien classe le Chambertin en première classe des vins fins de Bourgogne, et en 1855 Jules Lavalle le range en « tête de cuvée, cru hors ligne, vin extra ». En 1847, enfin, le roi Louis-Philippe autorise Gevrey à accoler à son nom celui de son cru le plus fameux.

Les cépages de Chambertin

Pinot noircépage principal et seul cépage réellement planté — couleur, concentration et longévité
Chardonnay, pinot blanc & pinot griscépages accessoires admis uniquement en mélange de plants, dans la limite de 15 % par parcelle ; usage devenu quasi théorique en grand cru

Crus & domaines emblématiques

Domaine Armand Rousseau (2,15 ha, la plus grande part du climat)Domaine Trapet Père et FilsDomaine Rossignol-TrapetCamus Père et Fils · en vente →Maison Louis LatourDomaine Jacques PrieurDomaine LeroyDomaine Henri Rebourseau
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Sources : Cahier des charges de l'AOC Chambertin (décret n° 2011-1394 du 26 octobre 2011) · BIVB — fiche appellation Grands Crus de Gevrey-Chambertin · Wikipédia — Chambertin (AOC) · Wikipedia (en) — Chambertin