Un village de plaine entre Corton et Beaune
Chorey-lès-Beaune occupe, en Côte-d'Or, la bande de terrain qui sépare la colline de Corton de la ville de Beaune. Contrairement à ses voisines, la commune ne dispose pratiquement pas de coteau : son vignoble s'étale sur le piémont, à faible altitude, de part et d'autre de l'axe qui longe la Côte. Aloxe-Corton la borde au nord, Savigny-lès-Beaune à l'ouest, Beaune au sud.
Cette géographie explique tout le reste. En Bourgogne, la hiérarchie des appellations épouse la pente : grands crus et premiers crus sur les meilleures expositions du coteau, villages en dessous, appellations régionales dans la plaine. Chorey se situe précisément à la charnière — assez haut pour mériter une appellation communale, trop bas pour prétendre au premier cru. C'est la seule appellation villages du secteur dans ce cas, et loin d'être un handicap à masquer, c'est son identité.
Le terroir : les alluvions du piémont
Le sol de Chorey est argilo-calcaire, mêlé d'alluvions marno-calcaires, sur un soubassement sablonneux. Rien à voir, donc, avec les calcaires durs et les marnes en place qui font les grands crus quelques centaines de mètres plus haut : ici, la matière a été transportée. Ce sont les eaux descendues de la Côte, au fil des millénaires, qui ont étalé au débouché des combes ces cônes de dépôts mêlant argiles, débris calcaires et sables.
Un sol de piémont est plus profond, plus frais et plus fertile qu'un sol de coteau. La vigne y trouve facilement de l'eau, pousse plus vigoureusement, produit des baies plus grosses et moins concentrées : la recette d'un vin de fruit plutôt que d'un vin de garde. À cela s'ajoute une exposition plate, sans l'effet de pente qui réchauffe et draine les coteaux, et une sensibilité plus grande aux gelées de printemps, l'air froid s'accumulant dans les points bas. La qualité, ici, se joue donc au travail : maîtrise des rendements, âge des vignes, sélection à la vendange.
Climat : le régime commun de la Côte-d'Or
Le climat est tempéré à légère tendance continentale : pluies réparties sur l'ensemble de l'année, hivers assez froids, étés chauds parfois traversés d'orages. Les valeurs climatiques de Dijon, à 316 mètres, servent traditionnellement de référence au secteur. Le pinot noir et le chardonnay y mûrissent en première époque, et le réchauffement récent a avancé toutes les étapes du cycle : en 2003, certains domaines ont commencé les vendanges dès la mi-août, une précocité qui, d'après les archives, ne s'était pas produite depuis 1422 et 1865.
Sur un terroir de plaine, ce réchauffement n'a pas que des inconvénients. Les millésimes chauds, qui rendent parfois les vins de coteau trop puissants, profitent au contraire aux sols frais et profonds de Chorey : ils y font mûrir plus complètement des raisins qui, autrefois, pouvaient rester végétaux. Une part de la montée en gamme observée dans l'appellation depuis vingt ans tient à ce basculement climatique autant qu'aux progrès techniques.
Le style des vins : la souplesse assumée
Le chorey-lès-beaune rouge est un vin léger et souple, au nez franchement dominé par les fruits rouges, et peu tannique. Il ne cherche ni la puissance d'Aloxe-Corton, ni la charpente des premiers crus de Savigny : il offre le fruit du pinot noir sans l'attente. C'est un vin que l'on peut ouvrir jeune, servi frais, et qui accompagne aussi bien une charcuterie qu'une volaille ou un plat de bistrot. Les vins sont élevés de douze à vingt-quatre mois avant la mise en bouteille.
Le blanc reste confidentiel — cinq hectares, 240 hectolitres —, mais il exploite bien le potentiel du chardonnay, dont les baies peuvent atteindre ici de belles richesses en sucre tout en gardant de l'acidité. Cette production marginale est surtout l'affaire de domaines qui la vinifient pour leur propre plaisir ou pour compléter leur gamme. L'essentiel de l'appellation, avec 131 hectares sur 134 et 5 820 hectolitres par an, reste le rouge.
Pas de premier cru : ce que cela signifie vraiment
L'absence de premier cru n'est pas un oubli du classement, c'est la conséquence logique du relief : aucun climat de Chorey n'occupe la position de coteau bien exposé qui justifie la mention. Là où Savigny-lès-Beaune aligne vingt-deux premiers crus et Aloxe-Corton quinze, Chorey n'en revendique aucun — et ne cherche pas à en obtenir. Ses vins peuvent, comme ceux des autres villages de la côte de Beaune, être revendiqués sous l'appellation côte-de-beaune-villages.
Cette absence a une conséquence pratique heureuse pour l'amateur : le niveau de prix. Sur un secteur où la moindre étiquette portant le mot Corton atteint des sommets, Chorey est resté accessible. Beaucoup de domaines réputés d'Aloxe-Corton, de Savigny ou de Beaune y possèdent des parcelles et y appliquent exactement le même travail qu'ailleurs — mêmes vignerons, même cave, même élevage, mais sans la prime au classement. C'est ce qui fait de l'appellation une porte d'entrée idéale dans les rouges de la côte de Beaune.
Un vignoble ducal, une appellation récente
L'histoire du lieu est pourtant ancienne. Le vignoble de Chorey-lès-Beaune aurait été fondé en 1237 par Édouard de Froment, neveu par alliance du duc de Bourgogne — une origine seigneuriale que l'on retrouve dans le château qui domine encore le village. Comme partout dans la Côte, les grandes étapes de l'histoire viticole bourguignonne s'y sont jouées : l'interdiction du gamay au profit du pinot noir décrétée par Philippe le Hardi en 1395, l'édit de Charles VI en 1416 fixant les limites de production, puis les fléaux du XIXᵉ siècle — pyrale, oïdium, mildiou et phylloxéra.
Mais le nom de Chorey, lui, est resté longtemps invisible. Les vins de la commune ont été vendus pendant des siècles sous les appellations voisines, plus vendeuses, et ce n'est qu'en 1970 que le vignoble a obtenu sa propre AOC — un demi-siècle après ses voisines de coteau. Cette reconnaissance tardive explique en partie la notoriété encore discrète de l'appellation, et le fait que sa production reste largement écoulée par le négoce beaunois.