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Corton-Charlemagneterroir, sols & cépages

Corton-Charlemagne occupe la ceinture haute de la colline de Corton, juste sous le bois qui la coiffe : une bande étroite de calcaire à oolithes mêlé de marnes, plus claire et plus froide que les pentes à pinot noir qui la prolongent en contrebas. C'est le plus grand producteur de blanc grand cru de la Côte-d'Or, et l'un des chardonnays les plus lents à s'ouvrir de toute la Bourgogne. Son nom est celui d'un empereur qui posséda réellement la colline — mais la fameuse histoire de barbe, elle, est une légende tardive.

La ceinture haute de la colline de Corton

Corton-Charlemagne n'est pas une parcelle mais une couronne. L'appellation court sur le haut de la colline de Corton, juste sous le Bois de Corton qui en occupe le sommet, et s'étend sur trois communes de la Côte-d'Or : Aloxe-Corton, Ladoix-Serrigny et Pernand-Vergelesses. Elle décrit un arc d'environ 270 degrés d'exposition, des lieux-dits Basses et Hautes Mourottes, tournés à l'est au-dessus de Ladoix-Serrigny, jusqu'aux Charlemagne exposés ouest à nord-ouest au-dessus de Pernand-Vergelesses. C'est cette rotation autour du relief qui explique qu'un corton-charlemagne ne ressemble pas à un autre.

Le vignoble s'étage entre 280 et 330 mètres d'altitude, sur des pentes raides — de 20 à 23 % selon les données du BIVB reprises par Wikipédia. Au relevé de 2008, 52,44 hectares étaient en production pour 2 237 hectolitres, soit un peu moins de 300 000 bouteilles. À cette échelle, Corton-Charlemagne pèse davantage que tous les autres blancs grands crus de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune réunis : sur cette période, plus de deux bouteilles de blanc grand cru bourguignon sur trois portaient son nom.

Le terroir : une bande de calcaire oolithique sous le bois

La clé est une bande étroite de roche mise à nu. Sur les pentes situées juste sous le Bois de Corton, l'essentiel de la couverture argileuse superficielle a été emportée par l'érosion, laissant affleurer un calcaire oolithique mêlé de marnes. Wikipédia décrit des sols marneux jaunâtres, ocre et bruns, riches en argile, où des bancs calcaires alternent avec les marnes sous une mince couche de rendzines. Ce sol clair, peu profond et froid, est celui qui convient au chardonnay.

En descendant la pente, la nature du sol bascule : le calcaire cède la place à des terres plus argileuses, plus ferrugineuses, chargées d'éboulis et de fossiles d'ammonites — le domaine du pinot noir, donc celui de l'appellation Corton. Les deux aires ne se succèdent pas proprement, elles se chevauchent en partie : certains lieux-dits d'ordinaire rouges, comme Le Rognet et Corton, Les Renardes ou Le Corton, possèdent des segments qui mordent sur la bande calcaire, et les rares rangs de chardonnay qui y sont plantés peuvent être revendiqués en Corton-Charlemagne. Les lieux-dits qui fournissent la majorité de l'appellation sont Le Charlemagne, Les Pougets et Les Languettes.

Un mésoclimat plus frais que celui du Corton rouge

La colline partage le climat continental de la Côte-d'Or, mais Corton-Charlemagne y occupe systématiquement les positions les plus fraîches. Le mésoclimat de la couronne haute est légèrement plus froid que celui des pentes inférieures à pinot noir, de quelques degrés-jours de croissance. Surtout, l'essentiel des raisins vient des lieux-dits Le Charlemagne et En Charlemagne, exposés à l'ouest : moins favorablement orientés que les secteurs est du Corton, ils mûrissent plus tard et donnent des vins un peu moins amples, mais plus tendus.

Cette fraîcheur a un coût. Le chardonnay débourre tôt et redoute les gelées de printemps ; il craint aussi l'oïdium et le court-noué, ce virus transmis par les nématodes qui rabougrit le feuillage. L'hiver 1985 a marqué la colline : les températures descendues jusqu'à −27 °C ont détruit une part importante du vignoble, et la replantation qui a suivi a redistribué les cépages, certains propriétaires remplaçant du chardonnay par du pinot noir et inversement. Le cahier des charges impose par ailleurs une densité minimale de 9 000 pieds à l'hectare, interdit l'irrigation, les pressoirs continus et les morceaux de bois, et retient les vins en élevage au moins jusqu'au 15 juin de l'année suivant la récolte.

Le style : un chardonnay qui ne se livre pas vite

Or pâle aux reflets verts, le corton-charlemagne jeune est déjà reconnaissable à ses tonalités beurrées, ses arômes d'agrumes et d'ananas, de tilleul et de pomme au four, de fougère, de cannelle, de silex, de genévrier et de miel. La bouche est concentrée, riche, opulente et ronde, sans jamais perdre son ossature. Tom Stevenson le décrit comme le plus somptueux des blancs de Bourgogne.

C'est aussi l'un des plus lents. Clive Coates observe qu'il mûrit plus lentement que le montrachet et qu'une bouteille bien faite d'un bon millésime demande au moins dix ans avant d'atteindre son apogée. Il note également une géographie du goût : les vins du versant Pernand-Vergelesses tirent vers le silex et l'austérité, ceux du versant Aloxe-Corton sont plus fermes et plus charnus. À table, on le sert entre 12 et 14 °C sur un foie gras, des crustacés — homard, langouste, crabe —, une volaille ou un veau en sauce blanche, voire un fromage bleu.

Charlemagne : ce que disent vraiment les sources

Le fait historique est solide : en 775, Charlemagne donna la plus grande partie de la colline de Corton à l'abbaye Saint-Andoche de Saulieu, détruite par les Sarrasins en 731. Un « Clos le Charlemagne » apparaît ensuite dans un bail consenti par le chapitre de Saint-Andoche en 1375 : le nom est donc attesté au Moyen Âge. La suite l'est beaucoup moins. L'histoire selon laquelle l'épouse de l'empereur, lassée de voir le vin rouge tacher sa barbe, aurait fait arracher une partie du coteau pour y planter du blanc, est présentée par les encyclopédies comme une légende postérieure, sans source contemporaine des faits.

Deux éléments invitent d'ailleurs à la prudence. D'abord, le blanc n'a pas toujours été l'évidence ici : dans sa Topographie de tous les vignobles connus de 1816, André Jullien ne mentionne aucun vin blanc à Corton, et il faut attendre l'ouvrage de Jules Lavalle en 1855 pour lire la répartition que l'on connaît aujourd'hui — pinot noir en milieu et bas de pente, « pinot blanc » sur les hauts. Ensuite, ce « pinot blanc » n'était pas forcément le chardonnay : jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle, l'aligoté fut le principal cépage blanc de la colline, aux côtés du pinot beurot (pinot gris) et du pinot blanc. La monoculture du chardonnay que l'on tient pour éternelle est en réalité récente.

Une propriété morcelée, quelques repères

Comme presque tous les grands crus bourguignons, Corton-Charlemagne est divisé entre de nombreux propriétaires : certains mettent en bouteille au domaine, d'autres vendent leur récolte à des maisons de négoce qui assemblent plusieurs parcelles sous une seule étiquette. Clive Coates décrivait une section d'environ seize hectares côté Aloxe-Corton, où figurent notamment les Hospices de Beaune et la maison Louis Latour, et une section d'environ dix-neuf hectares côté Pernand-Vergelesses. Ces répartitions datent du début des années 2000 et ont pu évoluer depuis.

Le plus important propriétaire d'un seul tenant était le domaine Bonneau du Martray, crédité de 9,5 hectares par Hugh Johnson en 2003, le domaine Comte Senard détenant lui aussi une part significative du versant Pernand. Wikipédia cite par ailleurs, parmi les producteurs de l'appellation, les domaines Rapet, Jacques Prieur, Capitain, Jacob, Denis Père et Fils, Marey ou Bruno Colin et la maison Faiveley. Là encore, les parcelles changent de mains : ces mentions valent comme repères de lecture, pas comme état des lieux à jour.

Les cépages de Corton-Charlemagne

Chardonnaycépage principal, en pratique seul cépage revendiqué — sa domination sur la colline ne date que de la fin du XIXᵉ siècle
Pinot blanccépage accessoire, plafonné à 10 % de l'encépagement et 30 % de l'assemblage
Aligotécépage historique de la colline, aujourd'hui seulement toléré à titre transitoire dans les vignes déjà en place

Crus & domaines emblématiques

Le Charlemagne (Aloxe-Corton) — cœur historique de l'appellationEn Charlemagne (Pernand-Vergelesses)Les Pougets (Aloxe-Corton)Les Languettes (Aloxe-Corton)Hautes Mourottes et Basses Mourottes (Ladoix-Serrigny)Domaine Bonneau du Martray, Hospices de Beaune, Maison Louis Latour, Domaine Comte Senard
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Sources : Wikipédia FR — Corton-charlemagne · Wikipédia EN — Corton-Charlemagne (références Coates, Norman, Robinson, données BIVB 2008) · INAO — cahier des charges de l'AOC « Corton-Charlemagne » (version 2.2 du 20/09/2010)