Le bout de la Côte de Beaune, en Saône-et-Loire
Les Maranges occupent l'extrémité septentrionale de la Saône-et-Loire, juste au-delà de la limite départementale qui les sépare de Santenay. Le vignoble se déploie dans la vallée de la Dheune, en amont de Chagny — la rivière séparant ici la Côte de Beaune, rive gauche au nord, de la Côte chalonnaise, rive droite au sud. Chagny est à six kilomètres à l'est, Beaune à dix-sept au nord-est. L'aire d'appellation, bornée par la Cozanne au sud-ouest, la Dheune au sud-est, Santenay à l'est et les bois du mont de Sène au nord, forme un polygone compact de 2,8 km d'est en ouest sur 1,4 km du nord au sud.
Le coteau des Maranges est le prolongement direct de celui de Santenay, et comme lui il n'est plus aligné sur le reste de la Côte-d'Or : après avoir couru presque droit de Ladoix à Chassagne, la côte s'infléchit vers l'ouest au niveau de Santenay-le-Bas. Les expositions en découlent : sud-sud-est dans la partie orientale, plein sud au centre, un peu sud-sud-ouest à l'ouest. Le dénivelé atteint 180 mètres sur 900 mètres de distance seulement, entre 404 mètres au nord de la Fussière et 224 mètres à l'extrémité sud du climat Sur le Chêne : des pentes supérieures à 20 % en haut, plus douces (5 %) en bas de coteau, et partout des sols bien drainés.
Le terroir : un concentré de géologie bourguignonne
La vallée de la Dheune correspond à un fossé d'effondrement orienté nord-est / sud-ouest, hérité du Carbonifère — c'est cette structure qui a permis la formation du bassin houiller de Blanzy et du Creusot. Au Cénozoïque, l'orogenèse alpine et l'effondrement du fossé bressan ont réactivé cette vieille fracture. Résultat : comme à Santenay, le territoire des Maranges est parcouru de failles innombrables, qui ont découpé les roches en blocs coulissants, ensuite lissés par l'érosion en une marqueterie. Pour la géologue Françoise Vannier-Petit, l'aire des Maranges est « un concentré de l'ensemble de la géologie bourguignonne » — tout en rappelant que « tel ou tel sous-sol ne donne pas forcément tel vin, ce serait trop simple ».
Le détail vaut le détour, car on descend ici bien plus bas dans le temps que sur le reste de la Côte. Tout en haut, à l'est de Dezize, un calcaire brun à entroques du Bathonien forme une petite corniche. Juste en dessous, le haut de la Fussière est sur des éboulis calcaires à chailles recouvrant des marnes bleu-noir du Toarcien, riches en bélemnites. Plus bas, le bas de la Fussière, le Clos des Loyères et les Clos Roussots reposent sur ces marnes et sur celles, gris-bleu, du Pliensbachien, puis sur un calcaire gris à gryphées du Sinémurien. Plus bas encore, à l'est de Sampigny, les vignes sont carrément sur des argiles du Trias ; au sud-est, sur Cheilly, sur des argiles, grès et calcaires déposés lors d'une transgression marine du Rhétien-Hettangien. Le Lias et le Trias sous une appellation communale de la Côte de Beaune : c'est une singularité.
Sols, climat et travail de la vigne
La pédologie suit la géologie. Les sols argilo-calcaires blanchâtres, comme les calcosols du haut des Maranges, passent pour mieux convenir au chardonnay ; les sols plus argileux et bruns — les colluvions jaune-brun qui recouvrent la majeure partie du coteau — sont réservés au pinot noir. Sur le haut de versant à Dezize, les sols sont pierreux et peu épais ; ils s'approfondissent et s'enrichissent en argile en descendant vers Cheilly.
Le climat est celui de la Bourgogne : tempéré océanique à légère tendance continentale, pluies réparties sur l'année, forte amplitude thermique. Mais la station météo de référence, à Chagny, est à 234 mètres dans la plaine, alors que le vignoble monte à 400 mètres : les Maranges sont donc sensiblement plus fraîches que ces relevés. Les études conduites sur les stations de Savigny-lès-Beaune et de La Rochepot montrent une hausse nette des températures depuis 1988 — soit exactement l'âge de l'appellation — et des vendanges avancées d'une douzaine de jours. L'irrigation est interdite par le cahier des charges.
Le style des vins : la fermeté du sud de la Côte
Le maranges rouge se présente sous une robe rubis, parfois grenat sombre, sur un nez de fruits rouges, de bourgeon de cassis, de fruits épicés, parfois de pivoine. La bouche est fraîche et réglissée, poivrée, avec des tanins fermes pour un côte-de-beaune. Cette structure n'est pas nouvelle : au XIXᵉ siècle, plus tanniques et plus colorés que leurs voisins, les vins des Maranges servaient de « vins médecins » aux négociants, qui les utilisaient pour renforcer d'autres cuvées. Ils demandent aujourd'hui deux à cinq ans de garde, les premiers crus des bonnes années pouvant aller jusqu'à dix ans, et gagnent à être carafés dans leur jeunesse. Service entre 14 et 16 °C, sur une pièce de bœuf grillée, un bœuf bourguignon, un porc braisé ou un fromage puissant type époisses.
Les blancs, encore minoritaires mais en forte progression — de 5,35 hectares en 2008 à 19,11 hectares en 2022 —, affichent une robe dorée et un nez de fleurs blanches (aubépine, acacia, chèvrefeuille). Moins intenses que les puligny, chassagne ou saint-aubin, ils sont souples et vifs, à boire dans leurs cinq à six premières années, servis entre 12 et 13 °C sur des poissons, un jambon persillé ou une terrine. À noter : le maranges rouge a le droit d'ajouter la dénomination géographique complémentaire « Côte de Beaune » à son nom — ce qui n'en fait ni un « côte de beaune » ni un « côte de beaune-villages », deux appellations bien distinctes.
Sept premiers crus sur un même coteau
Sept climats sont classés en premier cru, et ils se moquent des limites communales : les Clos Roussots (sur Cheilly et sur Sampigny), La Fussière et le Clos de la Fussière (sur Dezize et sur Cheilly), le Clos de la Boutière (Cheilly), Le Croix Moines (Dezize), le Clos des Rois et le Clos des Loyères (Sampigny). Ils pèsent lourd dans l'appellation : 85 hectares sur 199, soit plus de 40 % de la surface, une proportion rare en Bourgogne. Le lieu-dit « les Maranges » lui-même désigne le coteau centré sur le clos de la Fussière, au nord de la D136 : les limites des trois communes le traversent, l'essentiel étant sur Dezize.
Le nom des villages raconte cette histoire. En 1895, Dezize demande à changer de nom — officiellement pour éviter la confusion avec Decize dans la Nièvre, en réalité pour imiter Aloxe-Corton (1862), Chassagne-Montrachet (1879) ou Gevrey-Chambertin (1847). Les trois communes accolent donc à leur nom celui de leur climat le plus réputé. Selon l'une des mairies, « Maranges » aurait un lien étymologique avec la mer, en raison des nombreux fossiles que recèle le sol sédimentaire du vignoble.
Une appellation née en 1988
L'histoire administrative est instructive. Le décret de 1937 qui crée l'appellation Côte de Beaune-Villages la subdivise en quinze appellations communales, dont « Cheilly-lès-Maranges », « Dezize-lès-Maranges » et « Sampigny-lès-Maranges » ; en cas d'assemblage entre villages, on pouvait utiliser Côte de Beaune-Villages. Les premiers crus sont institués peu après. En 1970, les dix-sept appellations de la Côte de Beaune reçoivent un cahier des charges commun, avec un rendement encore plafonné à 35 hl/ha. Puis le décret de 1988 regroupe les trois appellations en une seule, « maranges », à compter de la récolte 1988. Le cahier des charges a été révisé en 2009 (passage en AOP) puis en 2011.
Ce regroupement tardif a payé. La surface plantée progresse : 162 hectares en 2008, 199 en 2022. Le prix de l'hectare de vigne en maranges est estimé par la SAFER à 112 000 euros en 2023, contre 32 000 euros pour une vigne classée en bourgogne dans le même secteur. Longtemps vendus sous des noms d'emprunt de la Côte, les vins des trois villages ont enfin une identité — et les Maranges ont accueilli la fête de la Saint-Vincent tournante, consécration bourguignonne s'il en est.