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Bourgogne · Côte Chalonnaise · Blanc sec

Montagnyterroir, sols & cépages

Montagny est l'exception blanche de la Côte chalonnaise : ici, pas de pinot noir, pas de rouge, rien que du chardonnay. Reconnue AOC dès 1936 sur quatre villages autour de Buxy, l'appellation affiche aussi la plus forte proportion de Premiers Crus de toute la Bourgogne — plus de 200 hectares sur 326. Une anomalie qui s'explique par une histoire de classement unique en son genre, longtemps fondée sur le degré d'alcool plutôt que sur le terroir.

Quatre villages autour de Buxy, à la pointe sud de la Côte chalonnaise

L'aire d'appellation se déploie en Saône-et-Loire, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Chalon-sur-Saône, sur quatre communes : Montagny-lès-Buxy, qui donne son nom à l'AOC, Buxy, Saint-Vallerin et Jully-lès-Buxy. C'est le secteur le plus méridional du vignoble chalonnais, celui qui touche déjà au Mâconnais. La Côte chalonnaise n'étant pas une côte continue mais une succession de taches de calcaire séparées, Montagny forme un ensemble nettement détaché du groupe Rully-Mercurey et de celui de Givry, plus au nord.

Le relief varie sensiblement d'un village à l'autre : l'escarpement est marqué sur la commune de Saint-Vallerin, beaucoup plus doux à Jully-lès-Buxy. Les meilleures pentes regardent le sud et le sud-est. Historiquement, les vins de ce secteur se vendaient sous le nom de « Côte de Buxy » et l'on y produisait, pendant plusieurs siècles, aussi bien du rouge que du blanc — ce qui rend d'autant plus significatif le choix opéré au XXᵉ siècle de ne retenir que le blanc.

Le terroir : marnes et calcaires du Lias, sur un socle qui remonte au Trias

Le sous-sol de Montagny est plus ancien que celui de ses voisines du nord. Là où Mercurey et Givry sont assises sur le Jurassique moyen et supérieur — Callovien, Oxfordien —, Montagny travaille des sols marneux, ou calcaires et marneux, issus du Lias (Jurassique inférieur) et du Trias, soit des formations vieilles de plus de deux cents millions d'années. C'est ce socle marno-calcaire, plus argileux et plus frais, qui explique la vocation blanche du secteur : le chardonnay y trouve la réserve en eau et la fraîcheur qui lui conviennent, quand le pinot noir y peinerait à mûrir régulièrement.

Les sols sont pierreux et argilo-calcaires, souvent superficiels sur les hauts de pente, plus profonds en bas de coteau. Cette combinaison — marnes en profondeur, cailloutis calcaires en surface, pentes bien orientées — donne des vins où la structure et la tension l'emportent sur l'opulence. C'est la principale différence de style avec les chardonnays du Mâconnais tout proche, plus ronds et plus solaires.

Un climat continental tempéré, entre Dijon et Mâcon

Montagny connaît un climat tempéré à légère tendance continentale : étés chauds, hivers froids, forte amplitude thermique entre les deux saisons. Les précipitations sont irrégulières sur l'année, mai étant le mois le plus arrosé, et le vent dominant est la bise. Faute de station météorologique locale, les valeurs de référence retenues sont celles de Dijon et de Mâcon, entre lesquelles les quatre villages se situent.

Les gelées tardives restent peu fréquentes sur l'ensemble du vignoble, même si quelques lieux-dits sont réputés gélifs — un enjeu réel pour le chardonnay, qui débourre tôt. De violents orages peuvent en revanche s'abattre sur le secteur, parfois accompagnés de grêle. La canicule de 2003 a poussé certains domaines à vendanger dès la mi-août, avec un mois d'avance, une précocité qui, d'après les archives, ne s'était pas vue depuis 1422 et 1865.

Le style des vins : finesse, fraîcheur et pierre à fusil

Le montagny se présente dans une robe limpide et dorée. Le nez est floral et minéral à la fois : acacia, aubépine, chèvrefeuille, violette, fougère, avec cette note de pierre à fusil qui signe les chardonnays de sol calcaire. La bouche est fraîche, fine et structurée — une combinaison d'acidité et de corps que l'on retrouve rarement aussi franchement affirmée dans le sud de la Bourgogne.

La vinification y est classique : pressurage, débourbage, fermentation à température maîtrisée entre 18 et 24 °C, fermentation malolactique en fûts ou en cuves, puis élevage sur lies avec bâtonnages réguliers pendant plusieurs mois. On sert le montagny entre 10 et 12 °C, sur un veau en sauce blanche, une poêlée de poissons, des crustacés ou des fromages à pâte pressée — comté, emmental, saint-paulin. Sa garde moyenne s'établit autour de cinq à six ans, les meilleurs climats tenant plus longtemps.

Le cas des Premiers Crus : quand le degré tenait lieu de classement

C'est la singularité réglementaire la plus étonnante de la Bourgogne. Historiquement, à Montagny, n'importe quelle parcelle de l'aire pouvait prétendre à la mention Premier Cru, à une seule condition : que le vin qui en était issu titre au moins 11,5 % d'alcool avant chaptalisation. Autrement dit, le classement ne récompensait pas un terroir mais un niveau de maturité — un critère de degré, pas de lieu, à rebours de toute la logique bourguignonne des climats. C'est l'Oxford Companion to Wine qui documente cette règle et sa révision : les parcelles de Montagny ont depuis été classées selon les mêmes principes que le reste de la Côte chalonnaise, sur la base d'une délimitation cadastrale des meilleurs climats.

Ce passé explique un chiffre qui étonne toujours : avec 49 climats en Premier Cru pour 201,54 hectares sur les 326,44 de l'appellation, Montagny conserve la plus forte concentration de Premiers Crus de Bourgogne — près des deux tiers de sa surface. Ces climats se répartissent sur les quatre communes : une trentaine à Montagny-lès-Buxy (Les Burnins, Montcuchot, Les Coères, Les Gouresses, Vigne du Soleil, Les Perrières…), une douzaine à Buxy (Le Vieux Château, Cornevent, Les Vignes Longues, Mont Saint-Laurent…), cinq à Saint-Vallerin et trois à Jully-lès-Buxy, dont Les Chaniots. Certains noms — Les Coères, Les Paquiers, Les Resses — se retrouvent sur plusieurs communes à la fois.

Des moines de Cluny à l'AOC de 1936

Ce sont les Romains qui apportèrent la vigne autour de Buxy ; l'édit de Domitien ordonna en 92 l'arrachage partiel des vignes de Bourgogne pour éviter la concurrence, avant que Probus ne l'annule en 280. Dès le VIᵉ siècle, l'essor du christianisme structure le vignoble : ce sont les moines des abbayes de Cluny, de Tournus et de La Ferté, ainsi que les chanoines de Chalon, qui cultivent les vignes du secteur. Au XVIIIᵉ siècle, l'abbé Claude Courtépée résume le pays d'une formule lapidaire qui vaut jugement : « Pays vignoble. Bon vin. Le blanc est renommé. »

Comme partout, le XIXᵉ siècle est une succession de fléaux — la pyrale puis l'oïdium dans les années 1830-1840, le mildiou et le phylloxéra en fin de siècle, un nouveau désastre de mildiou en 1910. C'est de ce contexte que naît le mouvement des appellations d'origine contrôlée, mené nationalement par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié. Montagny est reconnue par décret du 11 septembre 1936, d'emblée comme appellation exclusivement blanche — une décision fondatrice qui a fait toute son identité. Aujourd'hui, la cave coopérative de Buxy et une trentaine de domaines familiaux en portent la réputation.

Les cépages de Montagny

Chardonnaycépage unique de l'appellation, qui ne produit que du blanc — il atteint ici des maturités élevées tout en conservant une acidité importante, d'où des vins amples, gras et bien équilibrés — 100 %

Crus & domaines emblématiques

Montagny 1er cru Les BurninsMontagny 1er cru Les CoèresMontagny 1er cru Le Vieux ChâteauMontagny 1er cru MontcuchotMontagny 1er cru Les ChaniotsMontagny 1er cru CorneventDomaine Stéphane AladameDomaine BerthenetDomaine Feuillat-JuillotDomaine Laurent CognardChâteau de ChamillyCave coopérative de Buxy
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Sources : Wikipédia — Montagny (AOC) · Wikipedia (EN) — Côte Chalonnaise