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Bourgogne · Côte de Nuits · Rouge

Ruchottes-Chambertinterroir, sols & cépages

Le plus haut perché des grands crus de Gevrey-Chambertin, et l'un des plus petits : 3,25 hectares accrochés entre 290 et 310 mètres d'altitude, au-dessus du Mazis. Le sol y est réduit à presque rien — quelques centimètres de terre caillouteuse sur la dalle de calcaire oolithique du Bathonien, et des murgers en bordure de parcelle pour dire tout ce qu'il a fallu épierrer. Le nom le confirme : « ruchottes » vient de « ruchots », les roches qui bordent le chemin. Au cœur du cru, un clos muré : le Clos des Ruchottes.

Tout en haut du coteau, au-dessus du Mazis

Ruchottes-Chambertin se situe sur la seule commune de Gevrey-Chambertin, en Côte-d'Or. C'est, de tous les grands crus de la commune, celui qui monte le plus haut sur le coteau : ses parcelles s'échelonnent entre 290 et 310 mètres d'altitude, quand le Chambertin, le Mazis ou le Latricières se tiennent entre 240 et 280 mètres. Le climat surplombe directement le Mazis-Chambertin et jouxte le Chambertin-Clos de Bèze, dont il est séparé par la seule limite cadastrale — une adjacence dont le cru tire une bonne part de sa réputation depuis le XVIIIᵉ siècle.

L'appellation se lit en trois morceaux plutôt qu'en deux. Le cahier des charges délimite officiellement deux lieux-dits, « Ruchottes du dessus » en amont et « Ruchottes du bas » en aval. Mais dans l'usage vigneron, on distingue trois entités : les Ruchottes-Hauts, les Ruchottes-Bas et le Clos des Ruchottes, ce dernier isolé du reste de l'appellation par deux veines de roche qui affleurent, l'une au-dessus, l'autre en dessous. Avec 3,25 hectares en production, Ruchottes est le deuxième plus petit grand cru de Gevrey, juste devant Griotte-Chambertin.

Une pellicule de terre sur la dalle bathonienne

C'est le terroir le plus radical de Gevrey. Les parcelles occupent une pente modérée sur un substrat entièrement formé de calcaires du Bathonien. Ces calcaires sont gélifs — ils éclatent au gel —, et ils se signalent dans le paysage par une abondance de « murgers », ces tas d'épierrement accumulés en bordure de parcelle au fil des siècles. Le toponyme dit la même chose : « ruchottes » est apparenté à « roche », et le mot local « ruchots » désigne précisément les roches qui bordent le chemin au bas de la pente. Il s'agit d'un calcaire oolithique, très pierreux, qui laisse sous la vigne un terrain superficiel et pauvre.

Les sols qui en résultent sont peu évolués, généralement carbonatés et très peu épais, très caillouteux et donc parfaitement drainants ; leur texture présente une forte proportion d'argile et de limons rouges issus de l'altération du sous-sol et des reliefs sus-jacents. Il n'y a ici ni marne profonde ni réserve hydrique confortable : la vigne travaille sur presque rien. C'est ce que les vignerons appellent le « caractère de la roche », et c'est ce qui explique le profil du vin — une couleur claire et nuancée, un corps fin et élégant, une minéralité insistante, à l'opposé de la générosité des grands crus du bas de la Côte.

La Combe de Lavaux et un cycle végétatif rallongé

Le climat régional est océanique frais, atténué par des influences continentales ou méridionales conduites par l'axe Rhône-Saône : un régime pluviométrique modéré et régulier — environ 750 millimètres par an —, sans sécheresse estivale affirmée, pour une température moyenne annuelle de 10,5 °C. À l'est du massif du Morvan et des plateaux de Bourgogne, la Côte bénéficie d'un abri climatique lui assurant un avantage thermique et un déficit pluviométrique notable ; la situation topographique des parcelles les protège du gel et des brouillards matinaux, tout en assurant une exposition au soleil levant favorable à un réchauffement rapide du sol.

Deux facteurs propres au cru corrigent ce tableau. L'altitude, d'abord : cinquante mètres de plus que les grands crus du bas, cela se paie en degrés. La proximité de la Combe de Lavaux, ensuite, qui débouche juste au nord et allonge sensiblement le cycle végétatif par rapport aux autres grands crus — au prix d'une maturité plus tardive, mais au bénéfice d'une fraîcheur exceptionnelle dans les vins. Les règles de production sont celles des grands crus de Gevrey : densité minimale de 9 000 pieds à l'hectare, charge maximale de 8 000 kilos à l'hectare, irrigation interdite, maturité minimale de 198 grammes de sucre par litre de moût, 14,5 % maximum après enrichissement, rendement de base 45 hl/ha et butoir 53 hl/ha. Le cahier des charges impose en outre de protéger la vendange de la pluie pendant son transport et lors de sa réception, interdit l'utilisation de morceaux de bois et fixe un élevage courant au moins jusqu'au 15 juin de l'année suivant la récolte — mais autorise la mise en marché dès le 15 avril, plus tôt que la plupart de ses voisins.

Le style : finesse, minéralité, dentelle

Ruchottes est le contre-exemple du cliché sur Gevrey. Là où l'on attend la puissance et la charpente, on trouve un vin à la robe plus claire et plus nuancée, au corps fin et élégant, d'une délicatesse presque désarmante. La minéralité — calcaire, craie — est le trait le plus commenté, et la fraîcheur héritée du cycle rallongé structure le vin autant que les tanins. Le registre aromatique reste celui de la famille : fruits rouges, réglisse, épices, fleurs, puis sous-bois avec l'âge, mais sur un dessin plus étroit et plus vertical.

Cette finesse ne se confond pas avec la fragilité. Les meilleurs Ruchottes tiennent de dix à vingt ans, davantage dans les grandes années, et gagnent en complexité ce qu'ils ne cherchent jamais en volume. Le service se fait entre 13 et 16 °C. À table, ils supportent mal les plats trop lourds : on leur préférera un gibier à plume, une volaille de qualité, des champignons, un agneau simplement rôti, plutôt que les sauces les plus puissantes qui conviennent aux grands crus du bas de la Côte. C'est un cru de connaisseurs, longtemps sous-estimé parce que discret.

Le Clos des Ruchottes, un monopole dans le grand cru

Au milieu de l'appellation, un clos muré tranche : le Clos des Ruchottes, monopole du Domaine Armand Rousseau, à Gevrey-Chambertin. Sa singularité n'est pas seulement juridique. Deux veines de roche affleurantes le séparent physiquement du reste du cru, l'une en amont, l'autre en aval — une configuration géologique qui en fait une unité de terroir à part entière et non un simple découpage de propriété. Le domaine y produit l'une des rares cuvées de la Côte de Nuits à porter à la fois un nom de grand cru, un nom de clos et la mention « monopole ».

Le reste du climat est partagé entre un petit nombre de propriétaires, et Ruchottes est, après Griotte, l'un des grands crus de Gevrey les plus difficiles à croiser : moins de quatorze mille bouteilles bon an mal an, à répartir entre une poignée d'étiquettes. Cette rareté, jointe à un style qui ne cherche pas à impressionner, explique que le cru ait longtemps été acheté par les connaisseurs plutôt que par les collectionneurs — un équilibre que la cote actuelle des vins de Gevrey a largement rattrapé.

Un climat cité depuis le XVIᵉ siècle

Le terme « Ruchottes » apparaît dans les archives de Gevrey au XVIᵉ siècle, et le lieu semble planté en vigne dès cette époque. Sa réputation, elle, paraît acquise au XVIIIᵉ siècle, portée par le voisinage immédiat du Clos de Bèze. Jullien, en 1816, ne le cite pourtant pas explicitement dans sa classification. C'est Lavalle qui, en 1855, lui donne son premier rang écrit — et applique au climat la même partition qu'aux Mazis : première cuvée pour le haut, deuxième cuvée pour le bas.

Au début du XXᵉ siècle, les vins issus des Ruchottes se vendent couramment sous le nom « Ruchottes-Chambertin ». Le jugement du tribunal de Dijon de 1931 reconnaît cet usage en appellation d'origine et en fixe les limites géographiques ; l'AOC est ensuite reconnue par le décret du 31 juillet 1937, et l'aire parcellaire révisée par l'INAO lors de la séance des 17 et 18 mai 1984. Depuis juillet 2015, le climat fait partie, avec l'ensemble des climats du vignoble de Bourgogne, du patrimoine mondial de l'humanité inscrit par l'Unesco.

Les cépages de Ruchottes-Chambertin

Pinot noircépage principal et seul cépage réellement planté — finesse, minéralité et fraîcheur
Chardonnay, pinot blanc & pinot griscépages accessoires admis uniquement en mélange de plants, dans la limite de 15 % par parcelle

Crus & domaines emblématiques

Clos des Ruchottes — monopole du Domaine Armand RousseauLieux-dits délimités : « Ruchottes du dessus » et « Ruchottes du bas »Dénominations d’usage : les Ruchottes-Hauts et les Ruchottes-BasDomaine Armand Rousseau (Gevrey-Chambertin)
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Sources : Musée des boissons — AOC Ruchottes-Chambertin (reprise du cahier des charges homologué par le décret n° 2011-1465 du 7 novembre 2011) · BIVB — Vins de Bourgogne, fiche appellation des Grands Crus de Gevrey-Chambertin (surfaces en production 2022) · Burgundy-Report — AOC Ruchottes-Chambertin (relevé cadastral 3,30 ha, lieux-dits « Ruchottes du Bas » et « Ruchottes du Dessus ») · Domaine Armand Rousseau — fiche Ruchottes-Chambertin Grand Cru « Clos des Ruchottes » (monopole) : les trois parties du cru, les veines de roche, le calcaire oolithique du Bathonien et la Combe Lavaux