Un village en retrait, au revers de Corton
Pernand-Vergelesses se trouve en Côte-d'Or, au nord de Beaune, à l'extrémité septentrionale de la côte de Beaune. Contrairement à ses voisines alignées le long de la route des Grands Crus, la commune s'est installée en retrait, dans un repli du relief, au revers de la colline de Corton. Cette position à l'écart explique une notoriété plus discrète — et des prix longtemps plus doux — que celle d'Aloxe-Corton, à quelques centaines de mètres seulement.
Le nom composé raconte la même mécanique qu'ailleurs en Bourgogne : à « Pernand », nom du village, la commune a adjoint « Vergelesses », celui de son climat le plus réputé. Les Vergelesses et surtout l'Île des Vergelesses figurent parmi les premiers crus les plus recherchés de la côte de Beaune. La commune partage par ailleurs avec Aloxe-Corton et Ladoix-Serrigny les grands crus corton, corton-charlemagne et charlemagne, et une partie de son territoire produit aussi de l'aloxe-corton.
Le terroir : un coteau lisible en trois étages
Le vignoble s'étage entre 250 et 300 mètres d'altitude, et la lecture du coteau est d'une netteté remarquable. En haut de pente dominent des sols marneux, bruns et jaunâtres, plus froids et plus riches en argile calcaire. À mi-coteau viennent des sols calcaires et caillouteux, minces et drainants. En bas de pente, enfin, les sols sont argilo-calcaires, plus profonds. Cette succession n'est pas anecdotique : elle commande la répartition des deux cépages sur la commune.
Les marnes de haut de coteau sont le terroir historique du chardonnay — le même principe qui, sur le flanc voisin de la colline, porte le corton-charlemagne. Les sols calcaires et caillouteux de mi-pente donnent les climats les plus fins, et les argilo-calcaires du bas offrent au pinot noir la matière et la profondeur de sol dont il a besoin. Le tout appartient au même massif jurassique que Corton, dont les couches oxfordiennes forment l'ossature et dont les pentes, exposées du sud-est au sud-ouest entre 250 et 330 mètres, portent le plus vaste grand cru de la côte de Beaune.
Exposition et climat : le prix d'une position abritée
Le climat général est celui de la Côte-d'Or : tempéré, à légère tendance continentale, avec des pluies réparties sur l'année, des hivers francs et des étés chauds, parfois orageux. La station de Dijon, à 316 mètres, sert de repère climatologique au secteur. Comme partout, le réchauffement a avancé le cycle de la vigne : en 2003, certains domaines ont vendangé dès la mi-août, une précocité inédite depuis 1422 et 1865.
Mais à Pernand, c'est l'exposition qui fait la différence. Le village occupe un repli où les versants ne regardent pas tous dans la même direction, et les parcelles abritées, plus fraîches et souvent plus tardives, conservent une acidité que les expositions plein sud de la colline perdent plus vite. C'est précisément ce qui convient au chardonnay, dont les baies peuvent atteindre ici des richesses en sucre élevées tout en gardant une acidité importante — la définition même d'un blanc équilibré. À l'inverse, ces expositions plus fraîches rendent les pinots de Pernand moins massifs que ceux d'Aloxe.
Le style des vins : la commune la plus blanche de la colline
Avec 78,42 hectares de chardonnay contre 80,10 de pinot noir, Pernand-Vergelesses est l'appellation communale la plus équilibrée entre les deux couleurs de tout le secteur de Corton — là où Aloxe-Corton ne compte qu'un hectare et demi de blanc. La production annuelle atteint 6 084 hectolitres, dont 3 321 hl de rouge et 2 763 hl de blanc. Les premiers crus pèsent lourd des deux côtés : 43,10 ha en rouge et 40,17 ha en blanc, soit plus de la moitié du vignoble.
Les blancs présentent une robe or et un nez de fleurs blanches — aubépine, acacia —, de miel et d'épices ; la bouche est vive et sèche, avec cette tension qui les rend reconnaissables. On les sert entre 10 et 12 °C et on les garde de trois à huit ans ; ils accompagnent volontiers les poissons d'eau douce en sauce blanche et les fromages de chèvre ou à pâte pressée. Les rouges affichent une robe rubis foncé, un nez de fraise, de framboise et de violette, et une bouche charnue, corsée, aux tanins fondus. Service entre 14 et 16 °C, garde de cinq à dix ans, et des accords de table classiques : veau, gigot d'agneau, gibier à plumes, Mont d'Or ou reblochon.
Les premiers crus : l'Île des Vergelesses et les autres
Fait rare, Pernand-Vergelesses classe des premiers crus dans les deux couleurs, et pas toujours les mêmes. En rouge, les climats classés sont Île des Vergelesses, Les Vergelesses, En Caradeux, Creux de la Net et Les Fichots. En blanc : Sous Frétille, Clos Berthet et Le Clos du Village. Cette double liste est la traduction cadastrale de la géologie du coteau — les marnes hautes au chardonnay, les pentes calcaires au pinot noir.
L'Île des Vergelesses est le climat phare de la commune : une parcelle en pente au contact de Savigny-lès-Beaune, dont le nom évoque un îlot de vigne isolé au milieu des friches. En blanc, Sous Frétille s'est imposé ces dernières décennies comme une référence, sur les hauteurs marneuses. À côté des premiers crus, plusieurs climats de village peuvent figurer sur l'étiquette, comme La Morand, Les Plantes des Champs ou Combottes.
Une commune de vignerons, à l'ombre du corton-charlemagne
Pernand-Vergelesses est restée une commune de domaines familiaux plutôt que de grandes maisons de négoce. On y trouve notamment les domaines Rapet Père et fils, Dubreuil-Fontaine, Rollin Père et fils, Marius Delarche, Pavelot Père et fils et Denis Père et fils — et le domaine Bonneau du Martray, dont le vignoble est essentiellement adossé aux grands crus de la colline. Beaucoup de ces maisons produisent à la fois du pernand-vergelesses village et premier cru, de l'aloxe-corton et du corton-charlemagne.
C'est là toute l'ambiguïté féconde de l'appellation. Une partie du corton-charlemagne — le grand cru blanc le plus célèbre de la côte de Beaune, adossé à la tradition selon laquelle l'empereur Charlemagne aurait fait don d'une pièce de vigne sur la colline en 775 — se trouve sur le territoire de Pernand. Le village vit donc dans l'ombre immédiate d'un cru mondialement connu, ce qui explique à la fois la qualité de son chardonnay et le fait que son propre nom soit resté longtemps confidentiel. Pour qui cherche à comprendre — et à goûter — le style des blancs de Corton sans en payer le prix, Pernand-Vergelesses est la porte d'entrée.