Au nord du Clos de Bèze, sur le même versant
Mazis-Chambertin se situe sur la seule commune de Gevrey-Chambertin, en Côte-d'Or. Il appartient au groupe des grands crus qui occupent la partie la plus septentrionale de la grande côte, ce long écran exposé au levant qui court, entre 240 et 280 mètres d'altitude, de Gevrey-Chambertin à Morey-Saint-Denis, entre la combe de Lavaux et celle de Morey. Le cru prolonge le Chambertin-Clos de Bèze vers le nord et occupe le même versant : les Hospices de Beaune, qui y possèdent une parcelle, décrivent la leur comme située « au cœur du coteau dans les Mazis Hauts, sur le même versant que le Chambertin Clos de Bèze ».
L'appellation ne compte aucun climat classé en premier cru — tout y est grand cru —, mais elle se divise en deux lieux-dits internes de taille comparable, Les Mazis-Hauts en amont et Les Mazis-Bas en aval. Cette dualité n'est pas anecdotique : elle recoupe un changement de sol, elle a été enregistrée par les classements du XIXᵉ siècle, et elle continue de structurer la lecture du cru par les vignerons, certains revendiquant explicitement l'origine haute ou basse de leurs vignes. Avec ses 8,73 hectares en production, Mazis est le quatrième grand cru de Gevrey par la surface, derrière Charmes, le Clos de Bèze et le Chambertin.
Mazis-Haut, Mazis-Bas : le pourquoi géologique
À cet endroit, la Côte forme un relief simple : un coteau bien marqué exposé au levant, et les parcelles délimitées occupent le piémont, sur un léger replat. La partie basse, peu pentue, repose sur un substrat de calcaires durs, jadis exploités en pierre de taille. Ces calcaires sont surmontés par un niveau de marne — du calcaire argileux — qui se lit dans le paysage sous la forme d'une légère concavité, sous le versant principal de la Côte. L'ensemble est daté du Bajocien, au Jurassique moyen. Les parcelles les plus élevées, elles, atteignent un niveau de calcaire gélif du Bathonien : voilà l'écart géologique concret entre le haut et le bas du climat.
Sur tout le cru, le substrat marno-calcaire n'est masqué que par une couche peu épaisse, de quelques décimètres à un mètre, d'épandages mêlant des éboulis à des argiles et limons rouges issus de l'altération du sous-sol et des reliefs sus-jacents — les Hospices décrivent d'ailleurs leur parcelle des Mazis-Hauts comme « riche en mélange de cailloux, d'éboulis et d'argiles bien rouges ». Les sols sont peu évolués, généralement carbonatés et peu épais, bien drainants malgré une forte teneur en argile, en particulier sur le substrat calcaire. Le niveau marneux est probablement à l'origine d'arrivées d'eau temporaires qui compensent les faibles réserves hydriques du sol, tandis que la pente évacue les excès. Le haut, plus caillouteux et plus maigre, donne des vins plus tendus et plus fins ; le bas, plus argileux et plus profond, des vins plus charnus — c'est exactement la hiérarchie qu'avait consignée Lavalle en 1855.
Climat, exposition et règles de production
Le climat est celui de la Côte de Nuits : océanique frais, atténué par des influences continentales ou méridionales conduites par l'axe Rhône-Saône. Le régime pluviométrique est modéré et régulier — environ 750 millimètres par an — sans sécheresse estivale affirmée, pour une température moyenne annuelle de 10,5 °C. À l'est du massif du Morvan et des plateaux de Bourgogne, la Côte bénéficie d'un abri climatique qui lui assure un avantage thermique et un déficit pluviométrique notable. La situation topographique des parcelles les protège du gel comme des brouillards matinaux, tout en assurant une exposition au soleil levant très favorable au réchauffement rapide du sol.
Les règles sont celles des grands crus de Gevrey : densité minimale de 9 000 pieds à l'hectare, charge maximale moyenne de 8 000 kilos à l'hectare, irrigation interdite. Les raisins ne sont réputés à bonne maturité qu'à partir de 198 grammes de sucre par litre de moût, pour un titre alcoométrique naturel minimum de 11,5 % ; après enrichissement — les techniques soustractives sont admises dans la limite d'un taux de concentration de 10 % —, les vins ne dépassent pas 14,5 %. Le rendement de base est de 45 hl/ha et le butoir de 53 hl/ha, contre 35 hl/ha dans le décret d'origine. L'utilisation de morceaux de bois est interdite, l'élevage court au moins jusqu'au 15 juin de l'année suivant la récolte et la mise en marché intervient à partir du 30 juin. L'indication du cépage est interdite sur l'étiquette ; le nom de l'appellation peut être suivi de la mention « grand cru ».
Le style : puissance et parfum
La robe est vive, d'un rubis foncé. Le nez associe les fruits rouges — framboise, cassis, groseille —, la réglisse, les épices, la rose et la violette, puis le sous-bois avec l'âge. En bouche, le vin est puissant, opulent, complexe, voluptueux et élégant. La réputation du cru s'est bâtie sur un mélange séduisant de puissance et de parfum : les amateurs lui reconnaissent une intensité aromatique remarquable, à défaut du raffinement absolu des deux Chambertins voisins. C'est un vin qui joue la générosité et la longueur plutôt que la retenue.
La garde s'étend de dix à vingt ans, davantage dans les grandes années. Le service se fait entre 13 et 16 °C. À table, le registre est celui des grands crus de Gevrey : gibier à poil grillé ou en sauce au vin, agneau en sauce, coq au vin, volailles laquées, côte de bœuf, fromages à croûte lavée. La différence de style entre le haut et le bas du climat reste perceptible à la dégustation, mais elle est aujourd'hui souvent brouillée par les assemblages : la plupart des domaines possédant des parcelles dans les deux lieux-dits les vinifient ensemble sous le seul nom de Mazis-Chambertin.
Des masures aux Mazis : le nom et le classement
L'étymologie est domestique. Le mot « masure » qualifie une maison paysanne, et le patois bourguignon désigne une petite habitation sous les vocables de « mazoyères » et de « mazis » — la même racine qui a donné le grand cru voisin Mazoyères-Chambertin. On remonte plus loin encore, jusqu'au « mas » latin devenu « maison » : le climat porterait le souvenir d'un groupe de bâtiments remplacés par la vigne. La graphie a longtemps flotté, et « Mazy-Chambertin » reste une orthographe admise.
Le classement s'est fait par paliers. L'abbé Courtépée cite dès 1774 les « Mazy » parmi les climats renommés. Jullien, en 1816, range les rouges du climat des Mazis en troisième classe parmi les vins fins de Bourgogne. Puis vient le jugement le plus célèbre et le plus riche d'enseignement : en 1855, le docteur Lavalle classe le cru en « première cuvée pour le haut » et « deuxième cuvée pour le bas » — la première consécration écrite de la partition Mazis-Hauts / Mazis-Bas. Au début du XXᵉ siècle, les vins des Mazis se vendent couramment sous le nom « Mazis-Chambertin » et la mention « grand cru » s'y attache par usage ; le jugement du tribunal de Dijon de 1931 reconnaît cet usage en appellation d'origine et en fixe les limites géographiques. L'AOC suit par le décret du 31 juillet 1937, modifiée en 1943 puis en 1964, l'aire parcellaire étant révisée par l'INAO en 1984.
La cuvée Madeleine Collignon et les propriétaires
Mazis-Chambertin est le seul grand cru de la Côte de Nuits où le domaine des Hospices de Beaune possède des vignes, et ils y sont le premier propriétaire. La parcelle leur a été offerte en 1976 par Jean Collignon, qui a souhaité qu'elle porte le nom de sa mère, Madeleine. Elle se trouve au cœur du coteau, dans les Mazis Hauts, sur le même versant que le Chambertin-Clos de Bèze, et une part importante de son encépagement date encore de 1947. La cuvée Madeleine Collignon est vendue chaque automne à la vente aux enchères des Hospices, puis élevée et mise en bouteilles par l'acheteur — ce qui explique qu'on la trouve sous des étiquettes de maisons très différentes d'un millésime à l'autre. C'est, de fait, l'ambassadrice de la Côte de Nuits au sein d'un domaine hospitalier presque entièrement beaunois.
Autour des Hospices, le cru approche la vingtaine de propriétaires — un morcellement classique en Bourgogne, mais moins extrême que sur les grands crus de plaine. La maison Faiveley y exploite un ancien fonds de domaine situé dans les Mazis-Hauts, quand d'autres, comme Dupont-Tisserandot, tiennent leurs vignes dans les Mazis-Bas ; le Domaine Henri Rebourseau, racheté en 2018 par Martin et Olivier Bouygues, y détient 0,96 hectare, et le Domaine Philippe Naddef y est également présent. Cette diversité d'origines — haut ou bas, vieilles vignes ou plantations récentes, domaines de Gevrey ou maisons de Nuits — explique l'écart de style parfois considérable entre deux Mazis-Chambertin d'un même millésime.